PARLER DU VIN

ANTHOLOGIE

LE BON VIN M'ENDORT !

Ce matin, nous partons pour Torrox, en Andalousie, où nous irons pique-niquer au Cortijo de Maria – une ferme. Maria, jeune femme de trente-six ans, a pris l'initiative de convertir sa grande maison en restaurant, afin de servir des repas aux touristes. Aidée de sa mère et de plusieurs dames du village, Maria s'acquitte fort bien de sa tâche et ainsi, fait connaître son coin de pays à beaucoup de voyageurs venus du monde entier pour goûter aux plats andalous.

Deux heures et demie de trajet sur des chemins étroits et escarpés, avec des virages en épingles à cheveux, nous donnent la chair de poule. Quelques vacancières craintives, assises du côté des précipices, demandent à quelques hommes, installés sur le bon côté de l'autocar, la permission d'échanger leurs sièges avec elles. Les voilà rassurées. Ainsi, si le bus dégringole en bas de la falaise, elles seront protégées, puisqu'elles sont assises du bon bord. En tout cas, elles ne verront pas venir le coup.

Nous nous arrêtons en cours de route pour visiter un vieux château en ruines. Le Castillo de Malaga. La visite terminée, nous continuons notre excursion jusqu'à Torrox. Notre chauffeur ralentit à un virage pour laisser passer un troupeau de chèvres et son berger. Comme ces derniers empruntent la même route que nous pendant un bon moment, nous n'avons plus qu'à suivre le cortège jusqu'à ce qu'ils bifurquent dans un sentier.

Arrivés à Torrox, nous descendons du car. Nous grimpons, à pied, tout en haut de ce village blanc, bien assis sur le toit de la montagne. Nous entrons dans la chapelle d'un vieux couvent qu'on a baptisé : La Virgen de las nieves. « La Vierge des neiges ». La légende dit qu'un jour, dans ce petit village andalou où il fait toujours chaud, toujours beau, une tempête de neige s'est abattue sur le hameau et la Vierge est apparue aux villageois, recouverte d'un grand manteau blanc. Un manteau de neige. J'aime beaucoup les légendes. Pour moi, elles sont construites à partir d'un fond de vérité.

Sortant de la chapelle, nous continuons notre marche dans des dédales de rues, – plutôt des ruelles – en admirant les maisons blanches décorées de pots de fleurs multicolores accrochés aux fenêtres et aux balcons. Des maisons que nous qualifions toutes plus belles les unes que les autres. Il nous faut aussi surveiller où nous mettons le pied, le pavé étant inégal. Et parfois, des chiens sont passés par là avant nous. Rendus sur le toit du village, après notre extase devant le panorama, nous entreprenons la descente par un autre chemin et nous nous arrêtons pour la visite d'un moulin à huile d'olive. L'usine n'étant pas en opération à ce moment-ci de l'année – ce n'est pas le temps de la récolte des olives – nous avons l'opportunité de l'explorer plus librement et nous prenons plaisir à goûter cette huile, en trempant des morceaux de pain frais dedans. Nous avons tellement faim que c'est un vrai régal. J'apprends qu'il est préférable d'acheter de l'huile extra vierge pressée à froid – ça, on le savait – mais, avec le taux d'acidité entre 0,3 et 0,5. Un taux d'acidité plus élevé apporte un goût amer. Comme « ventre affamé n'a pas d'oreille », nous ne comprenons plus grand-chose à la leçon concernant la fabrication. Nous avons hâte d'arriver chez Maria pour manger. Il est deux heures et demie lorsque nous sortons du moulin. On nous annonce que la prochaine étape sera le cortijo de Maria. Enthousiastes, nous montons dans le car et, quinze minutes plus tard, nous débarquons chez notre hôtesse. On nous signale que nous mangerons dehors, autour de la piscine. Tant mieux ! il fait si beau.

Maria, accompagnée de sa mère, vient à notre rencontre. Toutes deux nous reçoivent avec le sourire. Elles nous indiquent nos places à table. Nous remarquons un âne attaché à un arbre tout près de la maison, pas loin de notre table. Même si on lui demandait de s'éloigner… C'est lui qui décide. Nous sommes tellement haut perchés que nous pouvons admirer le paysage jusqu'au fond de la vallée. Je n'ai pas assez d'yeux pour tout voir. Je suis ébahie devant ce panorama ! Voilà qu'on apporte sur les tables des tortillas de patatas vraiment succulentes ! On nous sert le vin du pays. Du blanc et du rouge.

Le deuxième plat arrive. Après le premier verre de vin consommé, il faut en acheter, si on en veut d'autre. Oui. On en veut d'autre. La fête ne fait que commencer. À chaque verre, on salue : Salud ! Dinero y amor ! y mucho tiempo para disfrutarlos ! « Salut ! Argent et amour et bien du temps pour en jouir.» Les précipices nous paraîtront moins profonds sur le retour. J'espère que notre chauffeur ne fait pas comme nous.

Les plats se succèdent sur les tables et nous leur faisons honneur. Avant le dessert, Maria circule parmi les convives avec une outre de Sangria. Elle verse le bec de la carafe dans la bouche des messieurs qui boivent au rythme de la chanson de Maria, et ce, jusqu'à l'étouffement. Heureusement que la belle Andalouse aux yeux de velours garde, avec elle, une serviette pour éponger le menton des buveurs invétérés.

Après la procession vers la seule toilette de l'endroit, quelques personnes joyeuses se font photographier avec l'âne. – Pauvre bête ! qu'il doit donc être tanné !

Nous repartons vers 17 h. Je dors la durée des précipices. Le vin ne dissipe pas seulement la tristesse. La peur avec

 

 

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